Le portrait de Jennie (1948)

Quelques mots sur ce magnifique film avec Jennifer Jones et Joseph Cotten.

Eben Adams est un peintre fauché qui rencontre Jennie, une petite fille dans Central Park portant des vêtements d’un autre âge. De mémoire, il fait d’elle un beau croquis qui impressionne ses marchands d’art. Cela lui inspire un portrait – le « Portrait Of Jennie ». La revoyant grandie, il s’éprend alors de celle qui semble n’être qu’une apparition appartenant au passé…

« I wish that you would wait for me to grow up so that we could always be together. »

J’ai découvert ce film au détour d’une conversation à propos de Peter Ibbetson, le très beau film d’Henry Hathaway avec Gary Cooper, et des liens de ce dernier avec les étranges dramas de Peter Jackson, Créatures Célestes et Lovely Bones. Les trois partagent la même vision angélique de la mort, avec des fantômes qui n’en ont pas fini avec la vie et surtout avec l’amour. Comme les deux films de Jackson, Portrait of Jennie traite du merveilleux tout en prenant un cadre profondément tragique. À la torture et la pédophilie de Lovely Bones, on a ici un homme pauvre, solitaire et désespéré qui remet en question sa vocation d’artiste alors que la reconnaissance tarde à venir. Cotten joue donc un peintre sans génie qui malgré le succès que lui apportent ses portraits de sa muse fantastique, ne se révèle pas devenir un grand peintre pour autant, son épitaphe lui accordant tout juste « une période très inspirée ». Au final, il s’agit seulement d’un artiste qui parvient enfin à peindre quelque chose qui lui tient à cœur. Et pour un court moment de sa vie, son talent ordinaire est transcendé par un seul sujet, Jennie, nous laissant supposer qu’il ne produira rien de significatif après elle. Le film reste donc extrêmement sombre malgré les manifestations surnaturelles de Jennie. Chacune de ses apparitions tente, dans la photo et la réalisation, de retranscrire en image l’arrivée de l’inspiration artistique. C’est ce qui m’a le plus touché dans le film, cette ambition à faire de cette femme éternelle une métaphore poétique de la force créative qui arrive sans prévenir sur l’artiste et qui peut disparaître aussi vite et le laisser seul dans sa misère. L’inspiration le frappe (elle arrive avec le soleil dans la photo ci-dessous), sous la forme d’un visage changeant et donc intemporel, comme une sorte de Catherine de Bologne moderne (religieuse italienne canonisée Sainte Patronne des Arts en 1712), (ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Jennie est une nonne, d’après moi). Ses apparitions sont incroyables, baignées par la photo de Joseph H. August qui peint là l’un des plus beau New-York hivernal qu’il m’ait été donné de voir au cinéma. Le balancement visuel constant entre l’aspect morne de la vie du peintre et les passages merveilleux en la compagnie de Jennie est impressionnant. C’est comme si on sortait avec lui de l’apathie tragique de nos vies pour toucher à la Grâce et au merveilleux. C’est par ailleurs ce qui m’avait déçu dans Lovely Bones, son merveilleux, tout de couleurs scintillantes au pouvoir évocateur se révélant au final moins puissant que les beaux noirs et blancs de Portrait of Jennie ou Peter Ibbetson. Il y a quelque chose d’unique et d’improbable dans la « fantasy » de cette époque là. On est vraiment dans le meilleur du cinéma classique américain, quoique le film ai un indéniable feeling « hors du temps » dû à son histoire d’amour éternel et impossible dont le seul équivalent que je puisse trouver est l’immense Aventure de madame Muir (sortie l’année précédente). Il y a pire comparaison.

« Beauty is truth, truth beauty, that is all ye know on earth, and all ye need to know. »

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Titre original : Portrait of Jennie
Réalisation : William Dieterle
Scénario : Paul Osborn, Peter Berneis
Acteurs principaux :
Jennifer Jones
Joseph Cotten
Sociétés de production : Selznick International Pictures
Pays d’origine : États-Unis
Genre : Film fantastique
Durée : 86 minutes (1 h 26)
Sortie : 1947

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