Top séries 2016

Quelques mots sur mes séries favorites de l’année passée. Au programme: American Crime Story, Penny Dreadful, Better Things, Better Call Saul, Love, Haters Back Off!, The Night Of, Fleabag, Silicon Valley et The Girlfriend Experience.

  • American Crime Story / Saison 1

American Crime Story : The people vs O.J. Simpson est le choc de 2016. Dix épisodes sous tension relatant le procès le plus médiatique de l’histoire des États-Unis, à savoir celui d’O.J. Simpson, le « premier noir américain à être libéré de prison pour avoir été noir », le tout dans la plus pure tradition américaine du biopic et du fait divers mis en scène (on pense à Spotlight cette année, ou Ed Wood et The People vs Larry Flynt, tous deux scénarisés par le même tandem que cette première saison). American Crime Story éclate sa veine documentaire par des écarts audacieux avec l’aspect statique parfois imposé par le genre (dont souffrait Spotlight avec sa réalisation sans envergure). Celle d’American Crime est tout bonnement incroyable, embrassant la surmédiatisation de l’affaire, plans séquences, mouvements de grue et steadycam servent à illustrer le sensationnalisme d’un procès à rebondissements dont le sort se joue autant au tribunal que dans les tabloïds. Mais le génie de l’entreprise tient aussi dans son timing. Diffusée la même année que l’élection américaine qui aboutira dans l’avènement du président du « pays le plus divisé de son histoire » selon le Times, la série crée de nombreux ponts avec notre époque (les affrontements entre la police et la communauté noire américaine sont toujours d’actualité) pour établir un bien triste constat : l’Amérique n’a pas changé. Pire, elle a probablement régressé.

  • Penny Dreadful / Saison 3

Penny Dreadful n’est pas ce qu’elle semble être. Série fantastique mêlant vampires, loup-garous, sorcières et autres grandes figures littéraires usées jusqu’à la moelle comme Frankenstein ou Dorian Grey, la série de John Logan va privilégier ses personnages aux fameux récits dans lesquels nous les avons maintes fois vus évoluer. Basée sur une dynamique de groupe, la série va explorer les conflits intimes de ces personnages dont nous pensons tout savoir au biais d’une écriture magistrale parvenant enfin à rendre ces figures intemporelles, tangibles et humaines. Toute entière portée par l’interprétation époustouflante d’Eva Green, Penny Dreadful est un spectacle grandiose mêlant horreur et romantisme avec un brio qui renvoie aux oubliettes les Dracula de Coppola et Crimson Peak de Guillermo Del Toro. Là ou on pouvait attendre un ersatz télévisé des œuvres précédemment citées, se révèle donc le véritable chef d’œuvre gothique que nous attendions tous.

  • Better Things / Saison 1

Pamela Adlon nous est surtout connue pour son rôle dans Californication ainsi que pour sa longue collaboration avec Louie C.K. (dans Lucky Louie puis Louie) : son show est un parfait mélange des deux, moitié chronique désabusée sur une actrice à la renommée toute relative, moitié autobiographie sincère et douloureuse sur une mère de famille esseulée. Better Things conte les difficultés d’une mère à élever ses trois filles sans annihiler ses ambitions personnelles et montre avec brio la pression qui pèse sur la mère moderne dont chaque erreur est perçue comme un crime par des regards extérieurs. Accepter de ne pas être parfaite, laisser ses enfants faire les erreurs qu’ils doivent faire pour grandir, conserver assez d’intimité pour ne pas se noyer sous la pression et… garder la foi en des choses meilleures. Un combat de chaque jour que Better Things retranscrit avec un humour grinçant et une sincérité magnifique.

  • Better Call Saul / Saison 2

Nous avions tous nos doutes sur ce sequel à Breaking Bad se focalisant sur un personnage certes intéressant mais jamais touchant, mais c’était sans compter sur le talent d’écriture de Vince Gilligan qui appose le même traitement à Saul Goodman qu’à Walter White : analyser la lente exploration du mal par un homme ordinaire, poussé par des forces internes et externes à sombrer dans le monde du crime. Saul est comme attiré par des mains invisibles vers le mauvais côté de loi et se révèle plus touchant encore que ne l’était Walter White, ce dernier ne cherchant pas autant l’acceptation de ses pairs que le fait Saul au sein du monde du barreau. La série nous donne à voir un homme seul, obligé de façonner un personnage (comme le fera Walter avec Heisenberg) pour parvenir à survivre à un univers implacable qui n’a que faire de sa souffrance.

  • Love / Saison 1

Co-crée par Judd Apatow, Love s’inscrit parfaitement dans l’univers de l’auteur de Knocked Up et This is 40 : humour trivial, situations cocasses et réalistes, personnages hésitants, égoïstes, mais toujours vrais et touchants. La série trace la lente naissance de l’amour entre Gus et Mickey, semée d’embûches, explorant tour à tour ces deux personnages que tout opposent (Gus est stable, réfléchi, attentionné, Mickey est une addict écervelée, incapable d’exprimer ses émotions sans créer un séisme autour d’elle). À la manière du dernier film d’Apatow, Crazy Amy, Love déconstruit la comédie romantique, piétinant chacun de ses clichés habituels, pour au final retrouver l’essence candide du genre qui veut que l’amour triomphera de tout ce qui se mettra sur son passage.

  • Haters Back Off! / Saison 1

Vous avez peut-être croisé Miranda Sings dans l’une de ses vidéos Youtube sans savoir qu’il s’agissait en fait d’un personnage. Narcissique, ignorante, vulgaire, elle « offre » à ses fans des cours de chant (alors qu’elle chante atrocement mal), des tutoriels vestimentaires (alors qu’elle est toujours vêtue du même jogging rouge) et se qualifie de bonne fille catholique en s’interdisant tout contact physique en dehors du mariage (même une poignée de main) et assimilant toute nudité (même les chevilles ou les bras) à de la pornographie. Transposée en série grâce à Netflix, sa créatrice Colleen Ballinger entend créer une « origin story » à son personnage et par la même occasion, faire le portrait touchant d’une génération bercée par le nouveau rêve américain vendu par internet. En mariant une pure innocence et une naïveté à toute épreuve à une arrogance bien déterminée, Miranda devient une sorte d’artiste incompris qui va contre vents et marrées lutter pour devenir la star qu’elle pense être. À travers ses vidéos qui sont moquées et ridiculisées, Miranda cherche seulement à être aimée, et elle est prête à perdre tous ceux qui croient réellement en elle pour y parvenir. Haters Back Off surprend donc dans la profondeur inespérée de ses thématiques, faisant d’elle l’une des toutes meilleures sitcoms de l’année.

  • The Night Of / Saison Unique

Projet de longue halène, The Night Of voit enfin le jour après avoir été placardé par sa chaîne pendant des années. La mini-série commence par ladite nuit de Nasir, adolescent pakistanais sans histoires qui se retrouve accusé du meurtre de son amante d’un soir lors d’une soirée arrosée. Noyé sous une pluie de preuves incriminantes, Nasir va alors faire l’expérience du système judiciaire américain, son destin terrifiant nous donnant à voir tous les rouages d’une machine qui broie des êtres humains chaque jour. De l’impossibilité de se défendre proprement lorsqu’on est pauvre aux conditions de vie difficiles des prisons américaines jusqu’à la valeur de la présomption d’innocence lorsque l’on est musulman, The Night Of est une étude brillante et consciencieuse du système pénal américain qui, plus que questionner son bon fonctionnement, nous montre comment il est impossible d’en sortir indemne, que l’on soit coupable ou innocent.

  • Fleabag / Saison 1 & Baskets / Saison 1

Deux nouvelles sitcoms tragi-comiques mettant en scène des anti-héros complexes et hilarants. Fleabag a tout d’abord été une pièce de théâtre en Angleterre avant d’être adaptée en série, une origine qui se ressent dans les nombreux apartés du personnage en direction du spectateur, commentant la situation dans laquelle elle se trouve en direct. Des situations somme toute ordinaires (avec sa sœur, son père, ses amants), que Phoebe Waller-Bridge traite avec un humour grinçant dont seule l’Angleterre à le secret. Gags absurdes et répliques trash, Fleabag met en scène un personnage unique, handicapée émotionnelle et auto-destructrice pour qui l’humour est un refuge qui ne la sauvera qu’un temps des combats intimes qu’elle va devoir engager. Autre personnage unique, Chip Baskets interprété par le toujours excellent Zach Galifianakis. Clown raté au chômage, rejeté par sa famille et sa femme, Chip brille par son égoïsme qui le rend tout bonnement détestable. L’humanité du personnage se révélera au fur et à mesure des épisodes, la fragilité de Chip Baskets explosant au grand jour lors de ses spectacles de clown embarrassants dans la veine de l’humour de Will Ferrell et de l’inoubliable Michael Scott de The Office.

  • Silicon Valley / Saison 3

La suite des aventures des créateurs de Pied Piper, une application au potentiel incroyable qui peine à voir le jour au sein du monde impitoyable de la Silicon Valley. Toujours aussi drôle, toujours aussi juste dans sa peinture d’une communauté de geeks devenus businessmen, la série de Mike Judge (réalisateur d’Idiocracy) ne cesse de surprendre dans son obsession à ne jamais se reposer sur des canevas usités, pas d’histoire d’amour artificielle, pas de grands sentiments, juste la lutte âpre et difficile d’une bande de geeks aux prises avec un monde de requins pour lequel ils ne sont pas préparés.

  • The Girlfriend Experience / Saison 1

Transposition en série du génial film de Steven Soderbergh avec Sasha Grey, The Girlfriend Experience approfondit les thématiques du film, à savoir les rapports ténus entre le monde de la finance et celui de la prostitution et en explore de nouvelles telle que le rapport à sa famille lorsque l’on est travailleuse du sexe. Touchant presque au fantastique dans sa peinture du monde procédural avec ses bureaux aux vitres transparentes, rejoignant habilement le thème des réseaux sociaux ou l’intimité est compromise (ainsi que la possibilité d’avoir une double-vie), The Girlfriend Experience suit la fascination d’une femme pour le sexe tarifé et la façon dont ses aspirations d’avocate ne pourront y survivre. Plutôt hermétique dans ses premiers épisodes, à l’image du jeu très sobre de Riley Keough (rousse dans Mad Max : Fury Road), la série prend en ampleur au cours de la saison pour se terminer en apothéose sur une scène-épisode ou elle offre enfin à un client la « girlfriend experience » (être une petite-amie pour une heure et un prix définis). La fausse intimité absolue, comme si cette dernière n’était de toute façon plus possible à notre époque. Brillant.

Loris Hantzis.

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