Edgar Wright’s Baby Driver

Quelques mots sur le rapport d’Edgar Wright (Shaun of the Dead, Scott Pilgrim) à son dernier film, Baby Driver, qui sort le 19 juillet prochain.

  • Musique = Cinéma

Dans la première scène du film, Baby attend ses collègues braqueurs au siège conducteur de sa caisse. Là, il se met à chanter et à danser au son de la mélodie. Seul, dans son monde, dans sa tête. En totale dissociation avec le réel de la situation. Tout au long du film, il suffira donc de remplacer « musique » par « cinéma » et on aura un aperçu de la vie d’Edgar Wright. Parce qu’à la vue de sa liste de films préférés s’élevant à plus de 1000 unités, il y a fort à penser que lui aussi ait utilisé un média artistique pour appréhender le réel, calmer l’anxiété que lui procure ce dernier et s’isoler totalement du monde extérieur.

La musique pour Baby n’est pas tant une fuite qu’un véritable filtre du réel. Un réel que la musique vient rendre vivable, lui donnant un rythme, des couleurs, une ambiance. Choisie par ses soins, elle lui permet d’avoir le contrôle, d’apposer comme une grille de lecture sur un réel qui lui échappe. Pour Edgar, dont la cinéphilie déborde de tous les recoins de sa filmographie, cette dépendance maladive à l’art s’illustre à merveille dans ce personnage qui se retrouve prisonnier d’un film de braquage.

  • Régler des comptes

Mais Baby Driver est aussi un film à travers lequel Wright règle des comptes. Déjà, le film en lui-même est tellement foisonnant que chaque image semble motivée par la colère d’un employé dissident qui veut montrer à son ex-employeur (Marvel) qu’il a fait une grave erreur en lui bridant le moteur. Montage conceptualisé comme un musical, dialogues aux multiples niveaux de lecture et sens du cadre dément (il n’y a qu’a voir tout ce qu’il est capable d’inventer à partir des rétroviseurs de voiture), Baby Driver enterre tous les films d’action récents en l’espace d’un crissement de pneus. Mais au-delà du viscéral désir de revanche que porte le film, il contient aussi une magnifique introspection s’illustrant dans cette phrase énoncée par Jon Hamm : « Dans ce business, si tu prends les choses à cœur, tu vas finir par prendre une balle » qui vient résumer sa douloureuse expérience sur Ant-Man (où il a très probablement « trop » pris les choses à cœur, et a finit par prendre une balle, viré et remplacé par un yes-man avant la sortie d’un film qui, sans sa présence, se révélera un échec à tous points de vues).

Baby Driver cumule les idées brillantes là où on se contente dorénavant d’une ou deux pour se satisfaire d’un film. Je remarquerais d’abord ce dialogue incroyable autour du nom du groupe T-Rex que Baby prononce « Trex » car même si il connaît probablement le groupe sur le bout des doigts, il n’a jamais eu l’occasion de le partager avec quelqu’un qui aurait pu rectifier son erreur. Tellement anodin en apparence et pourtant, cette seule idée pose toute la solitude du personnage, son isolation quasi autiste et ses difficultés à s’exprimer (à ce titre, son « je t’ai parlé plus ce soir qu’à n’importe qui d’autre pendant un an » m’a bien attaqué le cœur, too close to home comme on dit). Autre idée brillante : ce problème d’audition, ce son désagréable qui rugit doucement au creux de ses oreilles incarnant un passé douloureux avec lequel il n’a pas fait la paix, la musique venant couvrir le son de ce mal-être qui le travaille de l’intérieur.

Baby Driver est un sacré morceau de cinéma. Exigeant à tous les étages, aussi tendre que rentre-dedans, aussi iconique que douloureusement personnel.

Vous ne verrez pas mieux cet été, j’en suis persuadé.

Et si ce film ne marche pas, alors ce sera clair, nous ne méritons pas Edgar Wright.

Loris Hantzis.

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