Ecran Fantastique #391

Pas moins de 4 papiers dans l’EF du mois! Au menu, le nouveau Todd Haynes et trois films étonnants découverts à l’Étrange Festival.

  • Le musée des merveilles: « Adapté du roman de Brian Selznick, qui signe aussi le scénario, le nouveau film de Todd Haynes est un conte de fées étrange et désabusé en forme de portrait de famille étalé sur cinquante ans. Ses thèmes sont à rapprocher d’une autre œuvre de cet auteur singulier, «L’Invention de Hugo Cabret», brillamment portée à l’écran par Martin Scorsese où déjà, l’enfance solitaire et difficile des jeunes protagonistes était marquée par la découverte d’objets fascinants à travers lesquels ils pouvaient enquêter sur leurs origines. À l’automate mécanique d’Hugo se substitue ici un musée merveilleux peuplé de créatures incroyables et de peintures historiques enchanteresses dans lequel la vie de deux enfants, évoluant dans des périodes différentes, vont se rejoindre. À la manière du magnifique Cloud Atlas des sœurs Wachowski, le récit de Wonderstruck fait se répondre les destins des personnages à travers le temps au biais d’une narration parallèle étudiant les concordances quasi mystiques entre plusieurs générations. En apparence jamais liées, ces deux histoires ne vont cesser de communiquer jusqu’à se rencontrer dans une séquence bouleversante illustrant de façon littérale la phrase totem du film : «Nous sommes tous dans le caniveau mais certains regardent les étoiles». »

  • Replace: « Pour son second film, Norbert Keil développe une histoire protéiforme mêlant fantastique, horreur et science-fiction. Aidé à l’écriture par Richard Stanley (Hardware, Le souffle du démon), ce coup d’essai est une variation réussie sur le thème de la jeunesse éternelle. Comme souvent, les premiers travaux d’un cinéaste sont marqués par les influences d’un réalisateur qui n’a pas encore parfaitement trouvé son identité artistique. Replace n’y échappe pas, empruntant à David Cronenberg son obsession de la manipulation du corps et à Nicolas Winding Refn pour les éclairages-néons et la bande-son électro de The Neon Demon. »
  • Extrait de l’entretien: « – Qu’est ce qui vous a attiré dans le thème de la jeunesse éternelle ?
    Norbert Keil: Je suis terrifié par la dégénérescence de mon corps et la perte progressive et certaine de mon contrôle sur lui. Mon obsession pour cela a commencée lorsque j’ai été opéré du dos quelques années plus tôt. Je me suis alors senti totalement impuissant, c’était une expérience horrible. Avec le temps, j’ai réalisé que ma peur était normale et très répandue dans notre société. De nombreuses personnes font des choses terribles pour combattre leur vieillissement, en vain. Il n’y a, pour l’instant, aucun remède à cela. J’ai donc pris un peu de recul, fait le point sur mes anxiétés et celles de notre société pour tenter de les représenter d’un point de vue féminin qui est d’après moi, trop peu représenté au cinéma. »

  • Housewife: « Adoubé du titre de «Meilleur nouveau réalisateur» au Fantasticfest de cette année, le jeune cinéaste poursuit aujourd’hui son exploration du Mal absolu et des traumas de l’enfance dont ses personnages ne semblent jamais parvenir à s’échapper. En effet, dans Housewife, une jeune femme marquée par le meurtre de sa sœur par les mains de sa propre mère, trouve un réconfort au sein d’une mystérieuse secte qui lui permet de revisiter ses cauchemars. Comme dans son précédent film, Can Evrenol affirme son attachement au thème des pouvoirs psychiques à travers le chef de la secte, magnétique et terrifiant, capable de matérialiser les peurs de ceux qu’il touche. Il y réitère aussi une structure en forme de labyrinthe mental, faisant sans cesse déborder les rêves et les fantasmes des personnages sur la réalité. Influencé par le giallo italien, en particulier le travail de Dario Argento sur Suspiria et Inferno, il utilise toute une palette de couleurs oniriques pour basculer d’un monde à l’autre, lui permettant de jouer avec fluidité entre de multiples couches de réalité. »
  • Extrait de l’entretien: « – Le cinéma d’horreur n’est pourtant pas inexistant dans votre pays… »
    Can Evrenol : Il y a en effet de nombreux films d’horreur mais ils ne sont jamais exportés à l’international. Ce sont essentiellement des films d’exploitation basés sur des thèmes religieux avec une esthétique télévisuelle. Ce sont des œuvres médiocres qui donnent une réputation affreuse au genre horrifique. À l’époque de Baskin, je n’osais pas dire aux gens que j’étais un réalisateur de genre où bien je le disais en souriant parce qu’ils pensaient immédiatement que je faisais des films affligeants. Cette situation est étrange parce que dans les années quatre-vingts, le groupe de musique le plus populaire était Metallica et les livres de Stephen King se vendaient extrêmement bien. Même aujourd’hui, une série comme «Stranger Things» a beaucoup de succès en Turquie. Je pense que pour le public, l’horreur est un genre qui vient de l’étranger. Si un film de ce type n’est pas en anglais, les gens se moquent du métrage. C’est aussi le cas pour la science-fiction, s’ils sont réalisés en Turquie, ils sont perçus comme une blague. C’est une question de perception, nous sommes trop habitué aux productions américaines. »

  • The Glass Coffin: « L’ibérique El ataud de cristal de Haritz Zubilaga, est un audacieux film-concept se déroulant quasi entièrement dans une limousine et ne comptant qu’une seule comédienne au casting, kidnappée par un psychopathe lui faisant subir, à distance, des sévices de plus en plus malsains. À partir de ce canevas simple en forme de huis clos pervers, le film aurait pu s’avérer un exercice de style vain mais le jeune cinéaste, qui signe ici son premier long-métrage, parvient toujours à renouveler sa trame, travaillant avec justesse la complexité de ses personnages pour remettre en question leur relation de victime et bourreau. En effet, la grande force de l’oeuvre est de subtilement déplacer notre empathie entre la prisonnière et son oppresseur à mesure que nous en apprenons davantage sur leurs passé respectif. »
  • Extrait de l’entretien: « – La limousine possède d’ailleurs une architecture très singulière.
    Haritz Zubilaga: Comme je souhaitais qu’elle représente un espace mental, j’ai cherché à ce que les éléments qui la constituent soient mouvants et changeants. J’étais obsédé par cette idée et j’ai demandé au directeur artistique et au directeur de la photographie de regarder Alien pour obtenir la même impression de descente aux enfers psychologique. A l’instar du film de Ridley Scott, je désirais que The Glass Coffin commence dans une réalité bien définie puis évolue vers une sorte de cauchemar éveillé. La limousine est donc d’abord un espace très réaliste puis elle devient de plus en plus étrange jusqu’à s’apparenter à une sorte de vaisseau spatial. »

 

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s